Après trois ans, l’engrais à base d’urine humaine dope les récoltes de 30 % selon une étude

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Vous trouvez l’idée d’uriner sur vos carottes un peu cavalier ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul(e)… Pourtant, selon une étude publiée dans la revue Agronomy for Sustainable Development, cette technique ancestrale, bien maîtrisée, pourrait bien sauver vos récoltes (et votre portefeuille) ! Au Niger, le retour à cet engrais un rien insolite a boosté les rendements des plantations de 30 %. Retour sur une expérience aussi naturelle qu’efficace, qui pourrait changer la donne jusque dans nos villes modernes.

Quand la nature se rappelle à notre bon souvenir

Uriner dans son jardin, ce n’est pas (seulement) l’affaire des chats du voisin. Pendant des milliers d’années, l’urine humaine a servi d’engrais de choix : un concentré naturel de nutriments (phosphore, potassium, azote) essentiels au bon développement des fruits et légumes. Bien sûr, l’image n’est pas forcément la plus appétissante. Pourtant, comme le rappellent des chercheurs et relayé par ScienceAlert, bien des engrais chimiques que l’on achète sont formulés à partir de ces mêmes éléments, présents en abondance… dans nos propres toilettes.

Mais aujourd’hui, l’accès à ces précieux produits du commerce n’est pas donné à tout le monde. Ce paradoxe frappe d’abord les agriculteurs qui en auraient le plus besoin, notamment dans des régions du Niger où le climat est rude et les sols épuisés. Là-bas, malgré des efforts dignes d’un marathonien, obtenir une bonne récolte relève parfois de l’exploit. Et l’idée de rendre à la terre ce qu’elle nous donne ne manque pas de sens.

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Une expérience menée tambour battant… mais avec hygiène

Face à ces difficultés, une équipe du National Institute of Agricultural Research of Niger a décidé de jouer la carte du retour aux sources. L’enjeu : remettre au goût du jour l’engrais à base d’urine humaine, mais d’une façon sûre et propre. Pas question de transformer les champs en latrines à ciel ouvert !

Leur méthode ? Collecter l’urine dans des bidons, puis la laisser reposer pendant près de trois mois à moins de 24°C. Ce stockage prolongé, dans un liquide naturellement acide, permet de « détruire les agents pathogènes restants qui peuvent résister sur de longues périodes », précise l’article. Ainsi, ne subsistent que les bons nutriments, pour des récoltes en pleine forme et sans arrière-pensée sanitaire.

Les agricultrices prennent le relais… et les récoltes décollent

Après cette étape de purification, place aux agricultrices du Niger, majoritaires dans ce secteur, pour tester ce fertilisant version 2.0. Pendant près de trois ans (de 2014 à 2016), plusieurs approches sont comparées : certaines mélangent l’urine au fumier animal, d’autres l’utilisent pure, d’autres encore préfèrent ne rien mettre du tout. Au total, pas moins de 681 essais menés !

Et le verdict ? Il est sans appel : les femmes qui ont appliqué l’engrais d’urine ont constaté une augmentation moyenne de 30 % du rendement de leur récolte. Le succès est tel que la technique se généralise dans la région, chacune y allant désormais de son bidon récolté.

  • Assainissement facile grâce à un simple stockage
  • Engrais 100 % local, gratuit et efficace
  • Récoltes améliorées malgré des conditions météo peu clémentes
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L’urine, solution du futur (et pas qu’au Niger)

Si ce retour en force de l’engrais « fait maison » est d’ores et déjà une bénédiction pour les agriculteurs des zones arides, l’étude va plus loin. Les chercheurs proposent que cette technique inspire aussi les pays industrialisés. Après tout, pourquoi gaspiller ce flux constant de nutriments produits chaque jour, alors que nos systèmes d’assainissement coûtent cher ? Utiliser l’urine permettrait non seulement de rendre ces systèmes plus durables, mais aussi de réduire notre dépendance à l’énergie fossile.

La boucle est bouclée : un geste autrefois banal, à la portée de tous, qui rime avec autonomie, écologie et solidarité, au-delà des frontières. Rien ne dit que nos carottes n’en rougiront pas de plaisir !

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