14 °C l’hiver : comment nos ancêtres résistaient au froid sans chauffage moderne

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Vous avez grelotté cet hiver parce que le thermostat affichait 18 °C ? Rassurez-vous : nos ancêtres auraient trouvé cette température presque luxueuse ! Mais comment faisaient-ils donc pour braver les rigueurs du froid alors que les radiateurs, pyjamas polaires et autres couettes chauffantes n’existaient pas encore ? Plongée dans un passé où 14 °C représentait la norme et survivre à l’hiver relevait presque du sport collectif… et vestimentaire.

14 °C dans la maison : mythe, calvaire ou norme ?

Il fallait du cran pour habiter autrefois – sans parler de l’art de la superposition ! Au tournant du XXᵉ siècle, la vie quotidienne variait beaucoup d’un foyer à l’autre : tout dépendait du lieu (ville, campagne, montagne, Suisse…) et du statut social. Pourtant, quelques constantes se dessinent. Historiquement, le « confort thermique » n’apparaît qu’au XVIIIᵉ siècle. Avant l’invention puis la diffusion du thermomètre, difficile de connaître précisément la température intérieure, mais un médecin du XVIIIᵉ recommandait entre 12,5 et 15 °C dans les chambres.

Olivier Jandot, historien, explique que jusque vers 1800, la cheminée régnait en maîtresse incontestée. La chaleur était très localisée : plus on s’éloignait du feu, plus on se rapprochait du pôle Nord ! Il était courant qu’il gèle l’hiver dans les chambres, généralement non chauffées. On s’accommodait de basses températures – 14 à 15 °C représentait le standard pour le confort ! Quant à frôler les 20 °C, c’était jugé excessif, voire incommodant. De quoi méditer la prochaine fois que vous jugez votre salon trop frais.

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Se chauffer « au plus près du feu » : un art de vivre collectif

On ne chauffait pas les pièces : on chauffait les corps. Les membres du foyer se rassemblaient là où la chaleur était présente, typiquement dans la cuisine ou la pièce dotée d’une cuisinière. Les enfants y faisaient leurs devoirs, et une bouillotte comme un bonnet de nuit faisaient figure de précieux alliés (même si, sur le bonnet de nuit, les iconographies du début du XXᵉ restent rares). S’ajoutaient à cela tout un arsenal d’accessoires : chaufferettes portatives, bassinoires (ou chauffe-lit : la pelle à cendres bien connue des redoutables insomniaques), vestes fourrées. À la campagne, on dormait parfois près des animaux – solution tout sauf glamour mais efficace pour emprunter quelques degrés aux vaches ou aux moutons… On dormait aussi en nombre dans une même chambre : d’une pierre deux coups pour préserver la chaleur, au grand dam des hygiénistes qui finiront par promouvoir la séparation stricte des espaces humains et animaux.

Il n’était pas non plus rare de se laver dans la cuisine, là où la chaleur émanant de la cuisinière réchauffait un peu l’atmosphère et, accessoirement, le baigneur.

S’habiller contre le froid : stratégie des multicouches

Avant que ne fleurissent polaires et doudounes synthétiques, on appliquait déjà la méthode (très à la mode) des « enveloppes concentriques ». Autrement dit, on multipliait les couches, vestes matelassées, robes de chambre bien chaudes et, pour les moins frileux, feuilles de papier journal glissées sous les vêtements. Récit célèbre : Bossuet, la nuit, écrivait avec deux vestes superposées et les pieds dans un sac en peau d’ours. Les vêtements « d’intérieur » étaient donc une affaire sérieuse : rien à voir avec un simple survêtement de dimanche ! Les dépenses pour l’habillement représentaient d’ailleurs une part énorme du budget – plus de 11 % pour les ouvriers, contre 2,6 % aujourd’hui selon la FRC suisse.

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Le pyjama couvrant autrefois à la mode déclina peu à peu, tout comme le bonnet de nuit, quand le chauffage central conquit nos logements. La mode du col roulé, prônée par certains ministres, s’inscrit ainsi dans une longue tradition : rien de nouveau sous le soleil froid des hivers…

Le mythe du confort thermique : une révolution sociale et technique

  • La notion de température de confort se construit dès la fin du XVIIIᵉ siècle et évolue avec la technologie et l’urbanisation.
  • Les normes d’après-guerre fixent l’objectif d’atteindre 18 °C à l’intérieur quand il fait -5 °C dehors : une exigence qui contraste fortement avec les standards d’autrefois.
  • Les dépenses de chauffage et d’éclairage pesaient lourdement sur certains budgets domestiques : jusqu’à 31 % chez les enseignants suisses !
  • Le marketing des Trente Glorieuses flattait le rêve d’un « printemps perpétuel » chez soi, radicalement opposé à l’habitude de se couvrir à l’intérieur des siècles précédents.

Conclusion : alors, frileux ou accros au confort ? L’évolution du rapport au froid dit beaucoup sur notre société : supportait-on mieux les hivers auparavant ? Peut-être, à force d’accoutumance et d’ingéniosité. Aujourd’hui, il est sans doute plus facile de rester au chaud, mais à quel prix pour la planète et nos habitudes ? Portez donc votre col roulé et, si le froid vous mord, pensez à Bossuet : deux vestes et un sac en peau d’ours, et aucune plainte… ou presque !

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